11/11/2008

Media Mark Herstal


Toute l'absurdité d'une législation inefficace
Media Markt pourra ouvrir un nouveau magasin à Herstal, près de Liège. Un de plus, alors que l’arrivée du groupe allemand sur le marché belge date seulement de 2002. Après que la commune ait délivré l’autorisation socio-économique d’implantation, le comité interministériel, saisi d’un recours, a confirmé cette décision. L'UCM regrette profondément cette décision aux conséquences économiques et sociales très négatives. Le comité socio-économique national pour la distribution avait d'ailleurs pris une décision négative, suivant ainsi l'avis de l'UCM et de la plupart des communes périphériques, étayé par une étude de l’université de Liège.

Les analyses (voir U&A du 1er septembre) ont démontré que l'implantation de Herstal a, pour l'essentiel, la même zone de chalandise que l'établissement du centre de Liège, dans les galeries St-Lambert. Malgré ce qui avait été annoncé, l'offre ne sera pas significativement différente de ce qui est actuellement proposé au centre-ville et qui figure dans les projets "Mediacité" (au centre Longdoz, à Liège) et "Spintay" (Verviers).
La création annoncée - non vérifiable - de 85 emplois à Herstal ne doit pas cacher les pertes d'emplois dans les commerces concurrents de la zone de chalandise. A Liège centre, l'activité de la même enseigne va sérieusement se réduire, avec des effets négatifs sur les magasins proches et la vitalité de la ville. A moyen terme, l'impact sur l'emploi de Media Markt Herstal sera à coup sûr négatif, tout comme l'impact sur la qualité de vie dans le centre de Liège.
Enfin, compte tenu de l'état actuel de la concurrence, l'installation de deux nouveaux Media Markt placera l'enseigne dans une position quasi monopolistique, toujours dangereuse.
Malgré l'avis négatif du comité socio-économique, la commune de Herstal, l'œil fixé sur son intérêt propre, avait pris une décision favorable. L'UCM a organisé un recours devant le comité interministériel siégeant "en dernière instance".
Ce comité a donné son feu vert par quatre voix contre une. Seul le délégué du ministre régional wallon de l'Economie et de l'Emploi, Jean-Claude Marcourt, a voté contre. Les représentants des quatre ministres fédéraux (Marc Verwilghen, Economie ; Sabine Laruelle, Classes moyennes ; Renaat Landuyt, Mobilité et Peter Vanvelthoven, Emploi) ont laissé passer.

Un mauvais système
Cette défaite après plusieurs mois de combat amène l’UCM à poser trois constats amers. La décision rendue par le Comité interministériel s’apparente à une démission face à la puissance d'un grand groupe, au détriment des commerçants de proximité, à la fois du secteur et du centre-ville. Ignorer la rigoureuse et précieuse analyse avalisée par le Comité socio-économique en première instance amène à se poser des questions sur le travail des cabinets ministériels. Est-ce que les documents sont lus ou est-ce que la décision est purement politique, favorable aux emplois syndiqués ?
La nouvelle loi de 2004 sur les implantations commerciales est insatisfaisante, c’est un euphémisme. Elle donne la préséance au collège communal sur le Comité socio-économique. C'est une aberration. La plupart des communes ne sont pas équipées pour examiner des dossiers d'implantation complexes. Toutes sont tentées de ne raisonner qu'en fonction de leur intérêt propre.
Le Comité, lui, rassemble de manière équitable toutes les parties prenantes (commerce intégré, classes moyennes et indépendants, consommateurs, ministres concernés). Il effectue, avec le soutien d’un secrétariat efficace, des analyses sérieuses des projets, en prenant en compte l'intérêt des communes voisines. Permettre aux communes de considérer ses avis comme des chiffons de papier est extrêmement dévalorisant et décourageant.
Lors du vote de la loi en 2004, l'UCM avait tiré la sonnette d'alarme et suggéré des amendements pour éviter des dossiers comme le Media Markt de Herstal, une absurdité qui en annonce d'autres. Les avertissements ont alors été vains. A présent, une évaluation de la loi s'impose. Engagés dans l'impasse du "tout est permis", il faudra bien faire marche arrière.
Frédéric Mignolet

Source Union et actions : N° 47 • 15 décembre 2006

 


 

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18:00 Écrit par AGELACIS Fanny dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : media mark |  Facebook |